Je n’ai pas qu’une philosophie

Contrairement à Amel Bent, je n’ai pas qu’une philosophie. Trop rigide aux débuts de Marie Range, je cherche aujourd’hui à apporter souplesse et réalisme à mes conseils pour une évolution utile.

2020. Si si tu sais, cette année un tout petit peu bizarre et légèrement compliquée. Quoi ? Hein ? Un peu plus que ça ? Ah bon ? Oui, okkkkkk d’accooooooooooooord.

Alors je vais m’en attirer des foudres, mais finalement pour moi (nous), si 2020 a été chaotique, comme pour le monde entier, que les conditions de vie ont été singulières, parfois difficiles, que l’éloignement a été trop présent, tout comme la peur et bien… ce n’est pas une si mauvaise année. Personnellement d’abord bien sûr parce que notre fille est née au mois de janvier (avant le bordayl). Ce serait donc quand même de mauvaise foi de dire que 2020 est une année de merde. Pleine de couches sales ok, mais ça s’arrête là ! 😉 Ensuite parce que professionnellement, 2020 a été un tournant. C’est l’année de la maturité (ouais comme les albums de Patrick Bruel dans les 90’s). Alors ça peut paraître bizarre de dire ça, surtout que je n’ai pas pu écrire ou me mettre sérieusement au travail depuis des mois (disons que j’ai pu trouver le temps et retrouver la niaque depuis la rentrée scolaire). Mais si en « front » j’ai l’air d’être toujours dans une sorte de statu quo. En coulisses, ça bouge, ça fourmille, ça réfléchit. Et ça change !

Pourquoi ? Parce que j’ai certainement fini par comprendre ce qui me dérangeait, ce qui me freinait dans mon activité : je n’étais pas tout à fait honnête. Tutututut, pas avec toi hein, mais plutôt avec moi. Comme si, c’était la petite fille qui gardait les rênes. Pas dans le style ou la forme. De ce côté-là, c’est réglé depuis quelques temps déjà. Mais plutôt dans le fond. Ce qui est particulièrement cocÂÂÂÂsse (à dire avec un accent du sud prononcé) vu qu’il y a loooooongtemps que j’ai affirmé avec pertes et fracas que je ne voulais pas être une connasse et qu’il n’était plus question de chercher la perfection dans l’exécution ou le but de mes actions. C’est comme si, dans certaines articles, j’avais essayé d’alléger ou de rendre drôles et sympas des choses lourdes et chiantes. Comme si Florence Foresti interprétait du Dostoïevski… Bon, ce n’est pas inintéressant, ni inutile, mais ça ne me ressemble pas. Ou du moins ce n’est pas le message que je veux faire passer. Et dire que, de base, je voulais faire un blog différent de ceux qu’on trouve ici et là… Que je voulais partager mes conseils et astuces, ma vie de tous les jours, parfois même certaines de mes convictions. Tout en « critiquant » celles et ceux qui restent trop droits dans leurs bottes, trop rigides et ne cherchent jamais à s’adapter.

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Prendre conscience pour changer

Et puis est arrivé le Coronavirus, le confinement, l’enfermement, la gestion d’un enfant de 5 ans à qui il faut faire la classe tout en craignant d’en faire un cancre toute sa vie (nan je n’exagère pas DU TOUT), et celle d’un nourrisson alors que ton homme bosse dans la même pièce. Une pièce d’une grosse grosse vingtaine de mètres carrés, mais quand même ! Puis les travaux pas finis, la fatigue, la lassitude de ne faire QUE de la maison alors que tu crèves d’envie de faire travailler ton cerveau et de t’y remettre enfin. Tout cela ne pouvait que me faire vaciller sur mes certitudes. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence. Il y a quelques années, voire même seulement quelques mois, même si je m’en défendais, j’ai l’impression que je ressemblais plus à une ayatollah de l’organisation, une prêtresse du fait maison, une dictatrice du bio. Sans assez de recul ou de diversité. Alors tout ça c’est très bien. En théorie. Et encore… Plusieurs fois ma psy m’a dit : « mais ce que vous voulez là, c’est résoudre le problème de la quadrature du cercle« . Et moi de me dire intérieurement « mouamouamoua, meuh non, c’est super trop possible de faire tout ça, les doigts dans le pif en faisant le poirier et avec le sourire« . Ben oui, mais non. Non ce n’est pas possible de gérer une maison, des enfants, un travail, surtout quand il est créatif avec ce niveau d’exigence-là. Enfin c’est peut-être possible, mais au détriment de ta santé mentale et physique (parce qu’il ne faut pas dormir beaucoup si tu veux que ta maison soit super propre, que tu fasses tout ou presque maison, du DIY en veux-tu en voilà, etc…). Attention, c’est super intéressant et très gratifiant, mais pas quand tout s’accumules. Et que tu veux TOUT faire bien.

J’ai donc fini par lâcher prise. Pas totalement (pardon mon chéri !), mais j’ai quand même allégé pas mal mon programme. Par la force des choses, parce qu’il faut être totalement honnête et qu’il faut bien préciser que c’est en partie contre mon gré que je ne peux plus réaliser certaines choses (trop en même temps, accumulation de fatigue, etc). Mais aussi parce que j’ai compris qu’il fallait que j’investisse mes forces à meilleur escient et que le monde n’était pas tout blanc ou tout noir. C’est pas très concret alors je vais te donner l’exemple auquel je pense depuis ce « recadrage de philosophie« . Auparavant, je ne prenais que des tablettes écolo pour le lave-vaisselle. J’étais même à deux doigts de les faire moi-même. En soi, excellente idée, c’est pas super super long à faire (hum). Le premier confinement arrive, je ne sors faire les courses qu’une fois par semaine, et pas dans 25 magasins, alors que ces fameuses tablettes, je ne les trouve que dans une enseigne. Bref, la promotion faisant le larron, j’en prends une plus « industrielle ». Oh merde, ça marche mieux, pas besoin de laisser tremper avant ou de laver plusieurs fois. Oui mais bon, c’est cacabeurkpasterriblecommeproduitquandmême. Ooooh, mais la même chose existe en version « écolo », tout aussi efficace ! Je le trouve partout en plus.

femme dépassée par la désorganisation

Bref, encore maintenant je me dis que c’est l’allégorie parfaite de mon changement d’état d’esprit : non ce n’est pas la solution idéale, mais elle représente l’équilibre parfait entre efficacité/prix/emmerdements/risques/composition/philosophie/etc… Pour voir cette solution, fallait-il encore que je me départisse de certains a priori, de certaines habitudes et que je bouge un peu de mes positions. Que j’accepte que ça n’ait pas un 19 ou un 20 sur l’échelle de la Manange, mais juste un 17 ou un 18 avec l’avantage d’être teeeeeeeellement plus facile et rapide dans l’exécution. Idem pour le bio. Si cela fait longtemps que j’ai compris que ce n’était pas la panacée, soyons honnête, je jurais encore beaucoup par lui il y a encore peu. J’ai toujours dit « je préfère un produit local non bio qu’un bio bulgare (non j’ai rien contre la Bulgarie, il se murmure même que j’en viens) ». Mais il est vrai que je partais du principe que si c’était bio c’était forcément meilleur, pour nous et pour l’environnement. C’est plus compliqué que ça, voir faux parfois. J’ai pourtant tellement fait chier embêté ma maman : « prends ça, c’est bio, c’est mieux« . Je n’en suis pas totalement revenue, mais aujourd’hui, je fais la part des choses, je vais réfléchir un peu plus, prendre plus de recul et ne pas m’interdire d’acheter telle ou telle chose sous prétexte que ce n’est pas bio.

A ce propos notamment (pas que le bio, mais plus globalement le domaine agro-alimentaire en général),je te conseille les écrits/vidéos/etc… de l’excellente Emmanuelle Ducros qui m’a beaucoup fait réfléchir et l’air de rien ouverte vers d’autres références, bien moins radicales et beaucoup plus réfléchies voire scientifiques que le blabla tendance et bien-pensant qu’on a l’habitude d’entendre.

Pour faire simple, j’évite d’être comme la dame là, en-dessous, je reste ouverte à ce qui se présente à moi, absolument pas bloquée et surtout… je réfléchis. Je me fais mon propre avis et ne prends rien pour argent comptant, tout en multipliant les sources. Attention, c’était déjà le cas avant, mais cette tendance s’est d’autant plus accentuée ces derniers mois. Ça ne veut pas dire que ma démarche a changé. Au contraire, puisque le but est toujours le même : bien vivre, bien consommer, bien manger, mais pas à n’importe quel prix (tarif et/ou conséquences). Pas au prix d’un travail constant et trop chronophage. Mieux vaut rogner un peu sur la qualité (et encore, c’est loin d’être souvent le cas !), mais obtenir un meilleur équilibre, un résultat plus rapide, plus efficace, plus simple. Voire même un résultat tout court. Parce qu’à vouloir le meilleur, le parfait, on finit bien souvent par ne rien avoir du tout. Combien de fois je me suis dit dans un supermarché : « ah non, ça je ne le prends pas, je peux le faire moi-même« . Résultat des courses, j’étais limite frustrée parce que je n’avais pas cédé à une envie simple et je me retrouvais à la maison sans le temps/le courage/l’envie/rayez la mention inutile de réaliser mon « rêve » de supermarché.

Un peu plus de concessions, bien plus de souplesse et de lâcher-prise pour plus de réalité et de réalisme. L’arrivée de la petite bulldozerine dans nos vies et cette année 2020 tellement particulière m’a fait comprendre qu’il fallait vraiment faire au mieux pour se simplifier la vie, au prix de quelques accrocs à ses principes. Parce que l’air de rien, l’arrivée d’un premier enfant vous fait déjà vaciller. Celle du second (oui ce sera la seconde, pas la deuxième !), surtout dans ces conditions vous fait lâcher prise. Tout simplement parce qu’il n’est matériellement, temporellement, physiquement, peut-être même psychologiquement plus possible de gérer de la même façon. Surtout si, comme nous, tu fais des gamins qui bougent, parlent, font beaucoup. Alors oui s’ils sont sages comme des images, pas remuants pour un sou, qu’ils dorment bien (sache d’ailleurs que si c’est le cas, je te déteste !), il est possible de faire beaucoup beaucoup de choses (enfin si tu aimes ça et que tu en as envie, ce qui est encore une autre histoire). Mais avec des Taz qui te retournent la maison en moins de deux, sans compter la fatigue qui s’accumule autant que le ménage et le linge, tu es OBLIGÉE de revoir tes exigences à la baisse.

Une fois les premiers mois de la petite bulldozerine passés j’ai tenté de redresser la tête et me suis dit que je pourrais prêter un peu plus d’attention à la maison, faire comme pour le petit rangeur et tenter de tout gérer de front avec un niveau d’exigence très (trop) élevé. En oubliant au passage que lors de la première année du petit rangeur, je n’avais pas encore lancé mon projet pro et que… je n’avais donc que ça à faire. Qu’il était même essentiel pour ma confiance d’en faire autant, au moins je me sentais utile. Bref, donc j’ai pensé naïvement que je pourrais reprendre mes activités normales (bon dimanche) et repartir sur les mêmes bases (=énormément de fait maison, surtout pour bébé, beaucoup de cuisine, pas mal de ménage,etc…). Oui alors euuuuh comment dire. Ça n’a pas duré bien longtemps. Pourquoi ? c’était eux ou la maison. Parce que c’est ça qu’il faut rappeler aussi : tout le temps que tu prends à faire des choses supplémentaires (j’ai pas dit superflues !) là où tu trouverais des solutions directes et rapides, tu ne profites pas. Tu ne profites pas de tes gosses, de ton homme, de cinq minutes de rien par-ci par-là. Et tu te rapproches gentiment du pétage de câble. Il était donc essentiel, vital de lâcher du lest. Pour eux comme pour moi.

Changements dans la vie, changements sur le blog

Donc si dans ma vie de tous les jours je suis plus simple, plus souple, tout simplement plus terre à terre, je ne peux pas rester rigide et campée sur mes positions sur Marie Range. Comme je l’évoquais plus haut, en relisant une bonne partie de mes papiers, je me suis aperçue que j’avais tout de même déjà pris un virage, stylistique, mais aussi de fond il y a quelques mois. Mais pas assez radical. Je « dénonçais » les personnes qui présentent la version trop édulcorée des choses… tout en faisant (presque) pareil. Je me souviens d’un moment où je lançais pleine de bonne volonté à ma meilleure amie « allez, mets-toi aux cosmétiques DIY, ça prend pas tant de temps que ça« . C’est vrai. Je crois encore que c’est vrai. Mais je ne dirais plus aussi radicalement les choses et je nuancerais mon discours. Ça ne prend pas beaucoup de temps, c’est vrai, mais il faut préparer le matériel, les ingrédients, trouver un créneau de tranquillité (le plus dur !), faire ses préparations puis tout ranger et tout nettoyer. Aujourd’hui, je vais certainement privilégier un produit similaire, « industriel », que j’aurais étudié puis choisi avec soins, peut-être moins naturel mais potentiellement plus efficace.

Autres petites choses qui m’ont encore plus conforté dans ma « nouvelle » démarche, ce sont certaines découvertes et notamment un compte Instagram que j’apprécie beaucoup « Marmite et mon couteau« . De base, son concept est d’une simplicité enfantine et il pourrait se fondre parmi tellement d’autres « comptes de recettes ». Mais non. Pourquoi ? Parce que justement, il fait dans la simplicité, avec des produits de tous les jours, que TOUT LE MONDE peut trouver, dans n’importe quel coin de France et de Navarre. Pour moi, c’est notamment ce réalisme qui fait son succès (un peu comme les « fait maison » de Cyril Lignac qui bat tous les records de vente avec des recettes à la portée de tous).

Et c’est ce vers quoi je dois tendre. Parce que te partager une recette de DIY ou assimilés, beaucoup de monde le fait. Peut-être même mieux que moi. Mais faire ses recherches, y ajouter une bonne dose de réalisme et de transparence (grâce notamment au partage de notre vie quotidienne qui te montrent les conditions dans lesquelles sont appliqués mes conseils) et remuer tout ça avec l’honnêteté, la franchise et le franc-parler qu’on me connaît, tu ne le trouveras pas partout ! En évitant au maximum mes écueils précédents et en restant le plus loin possible de cette fameuse connasse qui te donne tous les conseils pour faire des choses quasiment impossibles à réaliser dans la réalité ou dans des conditions bonnes et normales, mais qui ne se gênent pas pour te faire comprendre que si tu n’y arrives pas, c’est que le problème vient de toi, pas de sa façon de faire et d’aider. Car c’est bien beau de donner des conseils, mais à partir du moment où ça tourne à la leçon, que tu donnes l’impression d’être hautaine et tes résultats inatteignables, ça ne sert plus à rien. Je parlais de « Madame-tout-le-monde » dans un de mes articles. Et bien c’est ça, il ne s’agit pas d’être autre chose. Je ne suis pas là pour te faire rêver, mais pour t’aider. Je ne vends pas du rêve, mais de la réalité. C’est moins joli, moins rose, mais drôlement plus utile ! 😉

Utile pour moi… utile pour toi !

Si j’avais réfléchi comme ça il y a des mois, j’aurais avancé sur tous les aspects de ma vie. J’aurais du coup bien plus avancé sur le blog plutôt que de tourner autour du pot. J’aurais pu continuer à travailler, même de manière très légère. Et puis j’aurais évité de me retrouver avec taaaaaaaant de retard de rangement/ménage/organisation en tout genre. Il y a encore très peu de temps, je pinaillai, je tournais autour du pot. Résultat impossible d’avancer, de proposer quoi que ce soi. Même pas à moi. Il y a encore peut-être un mois ou deux, tous les matins je me réveillais avec l’impression d’être devant une montagne partout où je regardais. La journée de la marmotte version Népal. Comme si je devais grimper l’Everest de l’organisation tous les jours, sans jamais parvenir au sommet et en étant repropulsée au pied après chaque dodo, quels que soient les efforts fournis dans la journée. Là il a fallu que je ronge mon frein, que j’accepte de reculer certaines tâches, notamment sur le blog, pour pouvoir rattraper le retard, retrouver une maison décente et du coup ne plus voir concrètement les soucis d’organisation que j’avais eu durant la première moitié de l’année.

Il est mignon, mais il représente bien l’état de mon cerveau ces derniers mois 🙂

Si j’avais accepté plus tôt ce manque de perfection, mais que j’avais été dans l’action, j’aurais eu plus de processus en place à la maison (heureusement il y en a déjà quelques-uns qui nous ont sauvé la vie quotidienne), j’aurais pu anticiper certaines choses ou du moins les régler plus vite et je n’aurais pas été embourbée. Bref, ce que j’essaie de te dire, c’est que pour faire mieux, il aurait fallu que je fasse moins, que j’aie moins d’exigences. A vouloir une organisation parfaite, je n’ai pas eu d’organisation tout court ou très peu. Et je ne veux plus être dans ce schéma-là. C’est cette nouvelle philosophie, que je te propose de mettre en place progressivement, qui va me le permettre. Tout comme ces « articles de tous les jours » qui vont me donner l’opportunité de faire. De faire court, de faire moins peut-être, mais de FAIRE. Plus efficace, plus direct, plus rapide et surtout plus fréquent. Et une fois que la machine sera lancée, elle ne s’arrêtera plus !

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