Le vinaigre blanc est ton allié, pas ton ennemi

linge qui sèche dehors

Consciente de la légende urbaine selon laquelle le vinaigre blanc dévaste résistances, joints et élastiques sur son passage, je suis allée démêler pour toi le vrai du faux.

J’utilise depuis des années du vinaigre blanc à la place des adoucissants industriels (enfin presque… ne supportant pas ces derniers, je ne mettais rien pour assouplir mon linge). Vivant dans une région où l’eau est particulièrement dure, si ne veux pas qu’on s’arrache la peau, il est difficile de s’en passer. Récemment toutefois, des amis m’ont rapporté des propos répandus chez les vendeurs d’électroménager. « Mais ma bonne dame, je vous déconseille le vinaigre blanc à la place de l’adoucissant, ça abîme votre machine et ça attaque les joints !« .

Premier réflexe : le commerçant va forcément dire d’utiliser des produits recommandés par la marque, ce n’est pas dans son intérêt de vous conseiller d’utiliser un produit beaucoup moins cher. Deuxième réflexe : « et au pire, c’est si grave ma bonne dame » ? Ma machine ne durera pas 30 ans comme celles de la Mère Denis, donc le temps que le vinaigre blanc fasse éventuellement son œuvre, j’en aurais utilisé deux ou trois générations de plus, alors autant faire que mon linge soit plus doux ! (et accessoirement que ma machine ne nage pas dans le tartre ou que les couleurs de nos vêtements soient plus « fixées » qu’avec de la simple lessive…). » Troisième réflexe (celui de Sherlockette Holmes) : et si c’était vrai ? Pourquoi ne pas chercher moi-même à démêler le vrai du faux ?

Vinaigre, solution (acide) miracle ?

La réponse n’a pas l’air si évidente au vu de ce que l’on trouve sur internet. Les questions sont pléthores, les solutions floues et bancales. La plupart du temps, on propage simplement cette idée reçue sans vraiment savoir sur quoi cela repose. Commençons donc tout simplement par le commencement. Le calcaire de l’eau, ou plutôt le tartre, est formé par du carbonate de calcium et du magnésium et a la fâcheuse tendance de se précipiter plus facilement aux endroit les plus chauds (ceux qui favorisent la réaction chimique des composants du tartre).

Résultat des courses, on le trouve en plus grande quantité sur les résistances. Le seul moyen de s’en débarrasser, de l’acide. D’où, si on ne veut pas utiliser d’adoucissant industriel, le recours au vinaigre blanc, composé en partie d’acide acétique (après fermentation du sucre de betterave ou de maïs, de l’oxygène est injecté dans le moût, afin d’obtenir une partie d’acide acétique). Cette concentration varie, mais si quelques vinaigres contiennent 12 à 20% d’acide acétique, celui qu’on trouve dans la plupart des supermarchés tourne autour de 6 à 8% (voir moins si on parle de vinaigre distillé).

Spray diffuseur

C’est ce qui, à mon sens, penche en la faveur de l’utilisation du vinaigre blanc en machine : sa relative faible concentration en acide. Imaginons une situation simple : prendre du vinaigre blanc non dilué et y plonger notre joint ou notre élastique pendant plusieurs heures. On peut alors penser que oui, ceux-ci seraient abîmés (et encore, au point d’être inutilisables ?). Mais si on y réfléchit quelques instants, nous sommes loin de cette situation.

Alors oui, si on réalise beaucoup de machine à laver, le contact avec cet acide est répété. Malgré tout, les quantités sont limitées et surtout le vinaigre blanc est dilué dans l’eau ! Sans compter qu’il n’est pas versé directement sur le tambour, la résistance ou les joints, mais dispersé un peu partout. Surtout, outre mon observation quasi quotidienne (notre dernière machine, très utilisée, nous l’avons gardée 6 ans, durée pendant laquelle j’ai toujours utilisé du vinaigre blanc, sans remarquer le moindre accroc sur les joints de la machine), j’ajouterai que, si elle n’est pas totale, la compatibilité entre l’acide acétique (même à 80% !) et le caoutchouc est bonne (voir le très bon site compatibilite-chimique.com).

Prudence est mère de sûreté

Qu’en est-il des fibres, bien moins résistantes, des élastiques des vêtements ? Car là encore, c’est une question que les (futurs) utilisateurs de vinaigre blanc se pose, ou entendent un peu trop souvent. J’aurais tendance à donner la même réponse que précédemment et à me dire que le vinaigre blanc n’a pas tant d’incidence sur les fibres élastiques des vêtements. Après tout, celles-ci sont aussi beaucoup composées de caoutchouc. Là encore, mon observation va dans le même sens : beaucoup de nos vêtements ont des élastiques et je n’ai pas vu d’usure plus importante que celle dûe au fait de les porter quotidiennement. Je tempèrerais peut-être juste les choses en me disant que le caoutchouc est beaucoup moins épais et donc plus fragile. Sans compter que « chimiquement » parlant, les fibres élastiques, dans les milieux acides, deviennent plus dures au point de potentiellement devenir cassantes.

tissu coloré élastique

Au fil de mes recherches et dans un souci de prudence, j’ai trouvé une solution qui serait donc un bon compromis : « désacidifier » en partie le vinaigre blanc, afin de conserver ses propriétés de « mangeur » de tartre tout en préservant un peu plus ces fibres élastiques. Pour cela, il faut une base pour contrer l’acide et le bicarbonate de soude est l’ingrédient idéal. Mais attention, pas question de l’utiliser n’importe comment et à n’importe quelle dose ! En effet, le vinaigre blanc étant finalement peu dosé en acidé acétique, il suffit de très peu de bicarbonate pour le neutraliser. Pas question donc d’en mettre plus d’une cuillère à soupe dans un litre de vinaigre. Pour ma part, je descendrais même en-dessous et ne mettrais qu’une petite cuillère à café à peine remplie.

Encore une fois, tout cela n’engage que moi, mais je continuerai à utiliser du vinaigre blanc en tant qu’adoucissant. Pour son faible coût c’est sûr, mais surtout pour son impact écologique moindre par rapport à des adoucissants industriels. Son efficacité est réelle, qu’il s’agisse d’adoucir le linge, de permettre à la lessive d’être plus efficace (dans une eau dure, le savon perd de son efficacité, occupé qu’il est à faire la cour aux ions calcium du tartre…) ou même de fixer un peu plus les couleurs des vêtements, dans notre cas et ses inconvénients honnêtement mesurés !

*Pour réaliser en partie cet article, j’ai utilisé l’excellent ouvrage de Cécile Berg, docteur en chimie pharmaceutique, « Green Washing », aux éditions La Plage

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