Stop ou Encore ?

L’envie est là, tellement. Les idées présentes. Certainement trop. Pourquoi donc devrais-je arrêter Marie Range ? Parce que concrètement, le quotidien me met des bâtons dans les roues depuis des mois, au point où même mon esprit s’auto-sabote. Alors…stop ou encore ?

Des mois. J’ai même l’impression que cela fait des années (lumière) que je n’ai pas écrit. Ce site, mon site, j’y passe tous les jours. J’y fais attention, je mets tout à jour, comme une bonne petite élève sage qui fait son travail comme il le faut. Mais pas d’articles, ni de billets ou même simplement trois mots alignés les uns derrière les autres (on me dit que ça s’appelle une phrase). Rien, que dalle… C’est tout de même un peu con pour une créatrice de contenus de… ne pas créer de contenus.

Ca ne veut pas dire que je ne fais rien depuis tout ce temps-là. Il y a plusieurs articles en attente… Qu’il va certainement falloir que je revois parce qu’ils ont été écrits en un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître (tiens d’ailleurs peut-être qu’Aznavour était encore vivant quand je les ai pondus !). Et puis j’ai essayé de mettre en place, à la maison, ce que je voudrais te conseiller plus tard. Bref « non je ne suis pas une feignasse qui tourne en rond depuis des mois« . Convaincue ? Ouais non, moi non plus 😀

La peur au ventre

Et pourtant… Concrètement, si on prend les faits, rien que les faits, je n’ai pas… rien fait ! (hum Molière est en moi) Mais les résultats sont là : pas d’articles, pas de produits lancés, pas d’argent qui rentre et des journées de travail souvent réduites pour cause de maison/enfants/parents à aider/rayer la mention inutile. J’en suis là, au même point qu’il y a des mois, voire des années, à rêver dans mon coin de ce dont je pourrais parler, de ce que je pourrais partager, à bouillonner d’idées et d’envie de faire des choses… sans y parvenir. Et franchement, j’en ai ras le cul (et je suis polie). J’en ai marre de faire subir tout ça à mon mari, mes enfants, à ne pas trouver assez voire pas de satisfaction intellectuelle. J’en ai ras la moulasque de faire passer ce travail, mon travail derrière tout le reste, sans même savoir pourquoi !

Tiens d’ailleurs, malgré toute la bonne volonté du monde et une envie très très pressante d’écrire de nouveau qui toque à la porte depuis quelques jours, je n’ai pas trouvé mieux que chercher des logiciels de modélisation 3D pour ce p%$ »@n de dossier de déclaration de travaux pour la terrasse et faire du lemon curd pour ma tarte aux fraises plutôt que d’écrire ce billet. Pourquoi repousser encore ? Prrrrrrrttt (ou « je n’en fais fichtre rien » en français). Parce que, pratiquement on ne me laisse pas vraiment la chance de m’y mettre vraiment sans m’interrompre ? Oui, assurément ! Parce que je suis fatiguée ? Ja Ja. Parce que les 18 derniers mois, le Covid et les enfants m’ont épuisée mentalement et que je n’arrive pas encore à me relever ? Oui, oui et encore oui (au point où je me demande si le burn out n’est pas repassé par là, l’air de rien parce qu’il pensait qu’il me manquait). Ah oui et peut-être aussi parce que je crève de trouille ? Bingo, bravo madame, vous avez coché toutes les cases !

Help !

Alors dans un énième moment de doute, et même si je sais que tous les entrepreneurs/infopreneurs sont passés par là et en sont sortis grandis, nanani nanana, j’ai encore songé à tout arrêter. Pour dire vrai mon côté pratique me dit de tout envoyer valser. Pour retrouver un emploi où je serais payée à chaque fin de mois, où donc j’apporterai une preuve concrète de mon utilité au foyer. Pour ne plus faire subir à ma famille mes éternels questionnements. Pour prouver au monde que j’ai un vrai travail, « normal » et clairement défini. Parce que là, personne ne sait vraiment ce que je fais ou ne veut faire l’effort de chercher à comprendre ce que je fais. Alors oui, c’est de ma faute. Moi-même je ne suis pas claire. Mais pour l’être il faudrait qu’on me laisse ma chance, qu’on me donne le temps de me remonter physiquement, moralement surtout, qu’on m’épaule et qu’on me soutienne devant la montagne de choses que je veux faire. Qu’on croit en moi pour que j’y parvienne à mon tour. Qu’on me dise « vas-y tu peux y arriver, je crois en toi, plus que toi-même« . Parce que je t’assure que monter sa propre activité, gérer sa maison, vaquer ici et là pour aider tout le monde ET en plus devoir se battre pour juste avoir le droit de montrer concrètement ce que l’on sait faire, c’est un tout petit peu ébranlant (ça existe ce mot ?)

Franchement, je crois qu’hier a été (et est encore) le moment où j’ai le plus vacillé. Parce que oui, JE pourrais très bien envoyer chier tout le monde. JE pourrais dire non à telle ou telle situation. JE pourrais attendre quelques jours avant de faire ce dossier de déclaration de travaux. Mais merde, pourquoi est-ce encore à moi de faire des efforts ? Je fais déjà beaucoup de choses pour beaucoup de monde, serait-il possible qu’on en fasse pour moi ? Qu’on me permette d’être dans de bonnes conditions pour faire mes preuves ? Que cela ne soit pas encore à moi de faire les efforts ? Je me bats contre assez de choses, y compris contre moi-même, je donne assez pour recevoir un peu peut-être non ? Oui, je pourrais dire non (haha), je pourrais établir et imposer mes règles, jouer le rôle de la méchante en quelque sorte. Mais il est peut-être éventuellement potentiellement possible qu’on m’offre une bulle de tranquillité de temps en temps ? (hein Manu, plus de confinement steuplé !!)

Telle la bonne élève que je suis, j’ai toujours tout fait pour « mériter » les choses. On m’a souvent dit que j’étais pourrie gâtée, ce qui, honnêtement n’a jamais été vrai et m’a toujours fait bondir. Dans mon ancienne carrière, je ne me suis pas battue, mais j’ai travaillé pour montrer ma valeur face aux mecs qui me voyaient parfois d’un mauvais œil. Mais j’ai l’impression que c’est différent aujourd’hui. Que j’ai beau travailler, travailler, ça ne suffit pas, les bâtons dans les roues sont trop nombreux. Au point où moi-même, pourtant persuadée que c’est la voie qui me convient et que mes idées vont marcher, je suis émoussée. Je n’ai plus envie de me battre pour créer ET pour me justifier. Je n’ai plus assez d’énergie pour cela.

Juste une dernière (?) chance

Lors du troisième « confinement », devant les 3 semaines qui nous attendaient avec le petit rangeur (5 ans et demi) et la bulldozerine (14 mois à ce moment-là), nous étions pétrifiés. Je pense même que mon chéri ne croyait pas que nous allions tenir. Mais genre vraiment (il avait inscrit le nombre de jours à tenir qu’il barrait tel un prisonnier dans sa geôle) . Moi, encore une fois, je crevais de trouille, notamment de le voir péter une durite et de nous voir exploser. Sans compter qu’il s’agissait encore de tout arrêter pendant quasiment un mois pour que lui au moins puisse un peu travailler tout de même. Et donc accumuler encore du retard et ajouter une tonne de pression sur mes épaules (quoi tu n’as toujours pas avancé, toujours pas écrit, toujours pas lancé de produit ? hein hein hein ?). Et bien tu sais quoi ? C’est presque passé comme une lettre à la poste. J’ai avancé comme jamais sur les projets à la maison, j’ai profité des enfants et honnêtement ça allait bien mieux dans ma tête. Comment j’ai fait ? Je ne sais pas trop. J’avais juste décidé de ne pas me mettre la pression. Je faisais, c’était vraiment chouette. Je ne faisais pas, c’est pas grave, c’est la faute des gosses (niark niark faut bien qu’ils servent à quelque chose).

Je vais donc essayer de retrouver cet état d’esprit et de faire comme le grand bricoleur m’a conseillé hier soir, alors que j’étais en pleurs parce qu’il était pour moi temps de faire le deuil de cette activité qui me tient au corps depuis maintenant quelques années sans pour autant voir vraiment le jour. On va revenir aux fondamentaux (j’ai l’impression d’être un footeux) : écrire. Ca ne sera pas parfait (et ça me fait chier), ça ne sera pas toujours utile, ni extraordinaire. Mais ce sera fait. Je l’avais déjà dit il y a plusieurs mois, mais ce n’était pas assez clair dans ma tête. Et donc pas clair dans la tienne. Là je vais écrire, te raconter ma vie, notre vie. Te montrer les choses que j’essaie de mettre en place, celles qui marchent, celles sur lesquelles je bute, etc… Puis on verra comment j’arrive à avancer, comment concrètement les choses tournent. Comment je reprends (ou pas) assez confiance pour assez m’affirmer dans mon métier et donc ne plus me laisser distraire ou happer par le quotidien et les sollicitations extérieures. Pas plus pour l’instant. Comme Chandler à son mariage, on va y aller un pas après l’autre. Pas de deadline, je sais que je ne la respecterai pas et ce serait contre-productif. Pas de caractère infini non plus, ça ne serait bon pour personne. Mais une chance, une dernière (?) histoire d’éventuellement passer à autre chose sans avoir ce terrible sentiment d’inachevé ou bien d’y arriver, enfin, et retrouver un équilibre perdu il y a trop longtemps. Et dans quelques semaines je pourrais répondre : stop ou encore ?

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